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Formation « Medic », PSC1, FPOSi Quelles compétences cliniques pour le secteur de la sécurité ?


S’il est désormais admis par les professionnels que les compétences de premiers secours sont cruciales dans le secteur de la sécurité, il est beaucoup moins évident d’opter pour la formation la plus pertinente en fonction du rôle professionnel, par la multitude de stages proposés, tous plus attractifs les uns que les autres. Mais sont-ils tous pertinents pour l’APR ?


La particularité des soins pré-hospitaliers

Dans le domaine des soins pré-hospitaliers, il est vain de penser qu’en quelques jours ou semaines, vous serez en mesure de rivaliser sur le plan médical avec un professionnel de santé. Ce n’est d’ailleurs pas votre rôle. Par contre, stabiliser et conditionner un patient en liaison avec un service d’urgence, pouvant potentiellement lui sauver la vie, est réaliste… et de votre responsabilité de le tenter si vous devez le protéger !

Y parvenir n’est possible qu’à la condition, comme tout apprentissage, de commencer par une base sérieuse, éprouvée et pertinente, puis de progresser dans les connaissances tout en maintenant acquises les précédentes compétences. Vous ne débutez pas l’alpinisme par l’Everest - ou par le Vendée-Globe si vous n’avez jamais fait de voile ! Alors pourquoi démarrer par des stages médicaux de type « commando » où vous ne retiendrez pratiquement que de la technique sans compréhension réelle des concepts médicaux élémentaires ?


Compétences médicales ? Non, cliniques !

En effet, il est plus important de comprendre les potentiels disfonctionnements physiologiques s’enchaînant en cascade pour les maîtriser, les anticiper. Cela est d’autant plus important dans les cas de multiples victimes où l’évaluation des priorités, le triage, est la clé de la survie du plus grand nombre.

Il est donc judicieux de commencer par comprendre comment stabiliser et anticiper les complications potentielles que de tenter des actes médicaux, parfois invasifs et potentiellement dangereux pour la victime ou le malade, faute de connaissance des bases suffisantes, d’entraînement et d’habilitation pour les pratiquer.

Poser un Tourniquet ou un compressif, ou encore provoquer une hémostase est à la portée de tous, mais le profil de nos VIP, de par leurs modes de vies et/ou leurs âges, exige également d’autres compétences. Tuer votre VIP diabétique parce que vous ne connaissez pas la différence symptomatologique entre l’hyper et l’hypo glycémie ; ne pas différencier un infarctus potentiellement létal dans les minutes qui suivent, d’une crise d’angine de poitrine qui ne l’est pas, ou encore traiter une overdose, ou ne pas disposer d’épinephrine pour contrer dans l’urgence un choc anaphylactique, est probablement, en termes de risques, plus pertinent pour un APR qui souhaite se former aux premiers soins d’urgence.


Comprendre la simple physique des fluides ou l’incidence de l’hypothermie, permet de faciliter la vascularisation, la pression artérielle ou réduire une pression intracrânienne par des positionnements différents. La PLS n’est pas toujours la meilleure solution !... Savoir mesurer un débit d’oxygène et une saturation en altitude ou gérer un transfert médicalisé du VIP en hélico est probablement statistiquement bien plus réaliste que de commencer à « boucher des trous » de 7.65 en tenue de camouflage !

Bien sûr, nous avons tous en tête l’actualité dramatique récente et les menaces terroristes, mais restons honnêtes, statistiquement, pour débuter en soins d’urgences, est-il raisonnable et pertinent de commencer par le traitement des blasts lorsque l’on n’a déjà pas compris la différence entre un pacemaker et un défibrillateur ou une crise d’asthme et une hyperventilation ?


Pourquoi le choix du FPOS avancé pour débuter ?

Indépendamment du fait qu’il est imposé pour toute demande de licence d’APR auprès du SIA Britannique[1], ce qui n’est sûrement pas un hasard, ce FPOSi (pour First Person On Scene – « i » pour intermediate), est un programme reconnu internationalement[2] comme la meilleure base aux soins pré-hospitaliers. Il permet en outre, pour les professionnels de la sécurité, d’évoluer vers les certifications plus techniques de médecine tactique, pour les rôles spécialisés de Team Medic par exemple, dans un continuum médical, pédagogique et professionnel, cohérent.

De nombreux programmes de soins pré-hospitaliers sont disponibles, en France, comme partout dans le monde. Tous ont probablement leurs utilités et leurs avantages. Toutefois, à l’heure du choix, les critères objectifs à prendre en compte facilitent ce choix :

  • Est-il reconnu réellement internationalement ?

  • Correspond-il aux compétences attendues dans le rôle professionnel exercé, demandé par les recruteurs internationaux ?

  • Est-il suffisamment adaptable à diverses situations ?

  • Les actes pratiqués sont-ils conformes à la législation ?

  • Utilise-t-il des matériels et produits disponibles partout ?

  • Est-il basé sur des preuves médicales (« Evidence Based Medicine »), mais accessible aux non-professionnels de santé ?

  • Programme basé sur un consensus médical international ?

  • Délivré et certifié par une institution de référence internationale dans la médecine d’urgence pré-hospitalière ?

  • Est-il facile d’effectuer des mises à niveaux, des re-certifications ou des upgrades en conservant une cohérence de développement professionnelle personnelle ?

Pour toutes ces questions, la réponse est OUI pour un FPOSi. Pour les autres programmes, ce n’est pratiquement jamais le cas pour tous les critères. Parfois trop spécialisés, parfois trop localisés… parfois très « exotiques » ; dispensés et certifiés par des organisations non moins exotiques, ou sans cadre légal contraignant, permettant à tout un chacun de s’improviser instructeur certificateur…


« La France à la meilleure médecine du monde »...

Bien que le niveau de médecine générale entre le Royaume-Uni et la France soit très comparable[3], les pays anglo-saxons et notamment le Royaume-Uni, se distinguent par l’excellence des soins d’urgences pré-hospitaliers. Non pas que les professionnels de santé soient meilleurs ou mieux formés, mais simplement par l’organisation totalement différente et concentrées sur les prises en charge d’urgences, notamment avec une catégorie de professionnels intermédiaire qui n’existent pas chez nous, les paramedics, entre l’ambulancier (D.E.) et l’infirmier (D.E.), spécialisé ALS (Advanced Life Support).


« 999 » vs « 15 »

Pour illustrer simplement en chiffres les conséquences pratiques de cette différence d’approche des urgences médicales, sachez simplement qu’environ 50% des appels d’urgences au Royaume-Uni (« 999 ») sont traités directement sur site, alors qu’en France, la quasi-totalité de ces appels, même traités initialement par les services d’urgences (SAMU, pompiers, groupement de médecins urgentistes), atterrissent aux urgences hospitalières, où le tri est ensuite effectué, et, où un patient sur 5 seulement (19%) est admis ensuite en hospitalisation.

Il s’agit donc plus de méthodologie et d’une doctrine différente que de compétences médicales. Les deux systèmes ont leurs avantages et leurs inconvénients : pour la France, de longs délais d’attentes aux urgences mais une satisfaction globale proche de 98% de la qualité générale des soins. Pour les Britanniques, une grande insatisfaction de la population quant aux longs délais pour obtenir des rendez-vous de spécialistes pour ce qui n’est pas urgent, mais un réseau de soins de proximité de grande qualité, 24/24, y compris pour les urgences.


La « Golden Hour »

Pour l’aspect premiers secours et soins pré-hospitaliers, cependant, cette différence de doctrine est majeure dans l’approche et les résultats des délais d’interventions, des soins d’urgence et des complications. C’est la raison du leadership des Britanniques[4] dans ce domaine. Il persiste encore largement dans les esprits que la « Golden Hour[5] » est une règle générale idéale ; ce qui prévaut toujours dans l’organisation de santé du territoire, par un maillage de structures de soins d’urgences et de transports médicalisés rapides. Les statistiques européennes nous montrent que la moyenne nationale d’intervention est d’environ 10-15mn pour les grandes villes, 20-25mn pour les autres. C’est déjà formidable d’avoir un médecin urgentiste à son chevet dans ce temps record, si toutefois vous n’êtes pas dans une zone isolée ou difficilement accessible. Ne lisez-vous pas d’ailleurs régulièrement dans la presse « … malgré l’arrivée rapide des secours… » ? Le tout est dans la notion de « rapide »…

Quelques faits qui éclaireront peut-être cette limitation du « Golden Hour » :

  • Chaque minute qui passe après l’arrêt cardiaque, vous perdez 7 à 10% de chances de ranimer la victime. Passées les 3 premières minutes, sans oxygène, le cerveau conservera des séquelles irréversibles ; à 8 minutes, le muscle cardiaque. En clair, après 5 minutes d’arrêt cardiaque, vous n’avez plus que 50% de chances de réanimer la victime. Après 15mn, seul un miracle et votre persévérance peut sauver votre victime…

  • Hémorragie artérielle non contrôlée, à 3 minutes débute un état de choc, à 5 disfonctionnement et arrêt cardiaque… Poser un TQ ne suffit pas si vous ne pouvez anticiper et détecter un état de choc hémorragique. Déjà comprendre ce qu’est un état de choc !

  • Obstruction des VAS (Voies Aériennes Supérieures), la « Golden Hour » ne servira qu’à constater le décès potentiellement évitable, car vous aurez tapé dans le dos de votre VIP, qui s’étouffait, consciencieusement comme vous l’avez vu faire, mais manque de chance vous n’avez pas appris à distinguer une obstruction partielle et vous avez aggravé la situation !

Ces simples exemples pratiques, pour sensibiliser au fait que les premiers gestes sont ceux qui sauvent les victimes, pas la haute technicité médicale une heure plus tard, essentielle, elle pour limiter les séquelles, mais encore faut-il être encore en vie !

C’est donc bien la First Person On Scene qui est cruciale ! C’est tout l’objet de cette formation éponyme, conçue par la faculté de soins pré-hospitaliers d’Edinbourg et le Royal College Of Surgeons, et dont le curriculum est reconnu comme l’un des plus pertinents au monde dans les premiers secours s’adressant à des non-professionnels de santé. Ce FPOSi est une certification BTEC 2 de Pearson, directement délivrée par le Royal College of Surgeons.


Step by step…

Comme professionnel de la protection personnelle, nous ne doutons pas que ce premier pas, qui vous fait passer en une semaine du statut de spectateur à celui d’intervenant, vous incitera à poursuivre sur des certifications comme le « D13 – Clinical Material for Police Officer in Specialist Roles » qui complète le FPOSi avec des compétences étendues et une pratique des soins de terrain tactique. Puis, qui sait, poursuivre par une formation de paramedic tactique avec un programme de formation encore plus élaboré, qui vous habilitera à des techniques médicales et de chirurgies invasives dans des environnements critiques.

Comme APR, que ce soit en zone hostile ou non, l’apport des compétences cliniques étendues vous permettra également de comprendre et traiter l’influence des aspects médicaux et sanitaires sur un plan opérationnel tactique et fera de vous le spécialiste de ces questions dans le team...

Mais nous reparlerons de la médecine tactique une autre fois, tant le sujet est complexe et spécifique, et où, dans ce domaine aussi, hélas, la formation et les certifications, sont à regarder de très près, car souvent sans cohérence ni stratégie pertinente en termes d’évolution de carrière pour les professionnels concernés…

www.cnf-unessd.org

www.ffpr.eu

www.the-PBA.com

[1] Un autre programme d’HABC est également agréé par le SIA, mais uniquement certifié au Royaume-Uni

[2] Certification BTEC de l’IHCD/Pearson, reconnue dans plus de 100 pays.

[3] Basé sur le taux de mortalité/morbidité hospitalière de l’observatoire européen des politiques et structures de soins. A noter, le coût inférieur de 30% au Royaume-Uni par rapport à la France.

[4] Les Sud-Africains, basés sur le même schéma, ou les Australiens et Canadiens ont également très bonne réputation, notamment sur la médecine à distance. Pour les USA, la qualité de soins est globalement identique ou supérieure, mais à un coût prohibitif pour qui n’a pas de protection sociale et avec des disparités régionales très importantes, impactant les indices des études.

[5] En médecine d’urgence, la Golden Hour (Heure d’Or) se rapporte au fait que 30% des victimes survivantes de polytraumatismes, lésions ou hémorragies internes, décèdent dans les premières heures suivant l’accident.


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